La sclérose en plaques suscite beaucoup de questions, et l’espérance de vie en fait souvent partie. Les progrès thérapeutiques ont profondément changé le paysage, apportant davantage de stabilité au long cours. Comprendre les facteurs qui influencent la durée et la qualité de vie aide à mieux se projeter. Voici un guide clair, fondé sur les données récentes et des conseils concrets du quotidien.
💡 À retenir
- Elle se rapproche de la population générale, avec une réduction moyenne d’environ 5 à 10 ans, variable selon le type de SEP, l’âge au diagnostic et l’accès aux soins.
- Environ 80% des patients atteints de sclérose en plaques vivent plus de 20 ans après le diagnostic.
- Les facteurs comme l’âge, le sexe et le type de sclérose en plaques influencent l’espérance de vie.
- Les avancées dans les traitements ont amélioré significativement la qualité de vie des patients.
La sclérose en plaques est une maladie auto-immune du système nerveux central. Le système immunitaire attaque la myéline, la gaine protectrice qui entoure les fibres nerveuses, ce qui perturbe la transmission des signaux nerveux. Cette agression crée des “plaques” visibles à l’IRM, responsables de symptômes variables selon les zones touchées.
Les manifestations peuvent inclure troubles de la vision, engourdissements, faiblesse musculaire, fatigue, difficultés d’équilibre, troubles urinaires ou cognitifs. L’évolution est hétérogène d’une personne à l’autre. Beaucoup vivent des années actives, avec des poussées intermittentes ou une progression lente, d’où l’importance d’un suivi régulier et personnalisé.
Qu’est-ce que la sclérose en plaques ?
On distingue classiquement trois profils. La forme rémittente-récurrente, la plus fréquente, alterne poussées et phases de rémission. La forme progressive secondaire survient après des années d’évolution rémittente et s’accompagne d’une progression plus continue du handicap. La forme progressive primaire évolue dès le début de manière progressive, sans poussées nettes.
Les causes exactes restent multifactorielles, mêlant prédispositions génétiques et facteurs environnementaux. La découverte précoce et la prise en charge globale ont nettement amélioré les trajectoires de vie et la qualité du quotidien.
Espérance de vie et facteurs influents
Les données contemporaines montrent une espérance de vie proche de celle de la population générale, avec un écart moyen d’environ 5 à 10 ans, en tendance à la baisse grâce aux traitements modernes et à une meilleure prévention des complications. En pratique, le pronostic dépend largement du type de maladie, de la rapidité du diagnostic et de l’accès à une prise en charge coordonnée.
Plusieurs études de cohorte indiquent que 80% des personnes vivent plus de 20 ans après le diagnostic. Au-delà du chiffre, l’objectif clinique est de retarder l’accumulation de handicap, de prévenir les infections et de maîtriser les comorbidités cardiovasculaires, qui influencent directement la durée de vie.
Facteurs de risque et démographie
Certains paramètres pèsent davantage sur le pronostic. Les formes progressives (primaire ou secondaire) sont associées à une évolution plus rapide du handicap. Un âge plus avancé au diagnostic peut raccourcir la fenêtre d’efficacité maximale des traitements. Les hommes, moins nombreux, peuvent présenter une progression un peu plus rapide que les femmes.
Le niveau de handicap, souvent mesuré par des échelles cliniques, et la fréquence des poussées en début de maladie donnent des informations utiles au neurologue pour ajuster la stratégie. Le tabagisme, l’obésité, l’hypertension, le diabète et la sédentarité pèsent sur la réserve neurologique et la santé globale. À l’inverse, une activité physique régulière, une bonne hygiène de sommeil et une alimentation équilibrée participent à des trajectoires plus favorables.
- Type de SEP et vitesse d’accumulation du handicap
- Âge au diagnostic et délai avant traitement
- Comorbidités et habitudes de vie (tabac, sédentarité)
- Accès aux soins spécialisés et rééducation
- Adhésion au traitement et suivi des vaccinations
Impact des traitements sur l’espérance de vie

Les traitements de fond, aussi appelés thérapies modificatrices de la maladie (TMM), réduisent l’inflammation, le nombre de poussées et l’activité visible à l’IRM. Leur utilisation précoce limite l’atteinte cumulée et contribue indirectement à une meilleure longévité. Les soins dits “symptomatiques” et la rééducation diminuent les complications, comme les chutes ou les infections respiratoires, qui peuvent impacter la survie.
Le choix thérapeutique est individualisé en fonction de l’activité de la maladie, du projet de vie, et des risques potentiels. Un traitement précoce par une molécule à haute efficacité peut être proposé lorsque la maladie est très active. La prévention et la surveillance des effets indésirables, la vaccination adaptée et les bilans réguliers sécurisent le parcours.
Traitements disponibles
Plusieurs familles existent, avec des modalités différentes. Les traitements injectables historiques conservent une place dans les formes moins actives. Les molécules orales et les perfusions ciblent plus finement le système immunitaire et ont changé la donne pour de nombreuses personnes.
- TMM: interférons et acétate de glatiramère; oraux (diméthylfumarate, tériflunomide, fingolimod et apparentés, cladribine); perfusions (natalizumab, ocrelizumab, alemtuzumab)
- Symptomatiques: antispastiques, antalgiques, traitements de la vessie, médicaments de la fatigue, soutien cognitif
- Rééducation: kinésithérapie, orthophonie, ergothérapie, activité physique adaptée
- Mesures de prévention: vaccination, dépistage des comorbidités, plan d’action en cas d’infection
Concrètement, démarrer tôt, contrôler l’activité IRM, adapter en cas de reprise d’activité, et associer rééducation et hygiène de vie constituent un fil conducteur solide pour préserver fonctions et autonomie au long cours.
Vivre avec la sclérose en plaques
Au-delà des chiffres, la vie quotidienne reste centrale. L’objectif est de protéger le capital neurologique, de rester actif et de garder le contrôle sur ses priorités. Des ajustements simples, mis en place progressivement, changent souvent la trajectoire perçue autant que la trajectoire médicale.
Sur le plan des habitudes, l’arrêt du tabac est l’un des leviers les plus puissants pour ralentir l’aggravation. L’activité physique adaptée maintient la force, améliore l’équilibre, soutient l’humeur et limite le risque cardiovasculaire. Une supplémentation en vitamine D peut être proposée selon les dosages, dans le cadre médical.
- Aménager ses journées en alternant efforts courts et pauses pour dompter la fatigue
- Privilégier une alimentation de type méditerranéen, riche en fibres et en oméga-3
- Travailler l’équilibre et la coordination avec un kinésithérapeute
- Prévoir un “plan chaleur” en été: hydratation, vêtements respirants, rafraîchissement
- Solliciter l’aide d’un ergothérapeute pour sécuriser le domicile
La santé mentale fait partie intégrante de la prise en charge. Un soutien psychologique, des groupes de parole et des techniques de gestion du stress aident à traverser les phases d’incertitude. Au travail, discuter d’éventuels aménagements d’horaires ou de poste permet souvent de concilier santé et projet professionnel.
Témoignages de patients
Julie, 32 ans, a repris la randonnée avec un club local. Elle a appris à fractionner l’effort, à s’hydrater et à utiliser des bâtons pour préserver son équilibre. Son neurologue et son kinésithérapeute ont coordonné un programme progressif qui lui a permis de retrouver confiance.
Marc, 58 ans, forme progressive, a misé sur la régularité: vélo d’appartement trois fois par semaine, séance d’étirements guidée en visio, et bilan sommeil pour traiter un apnée passée inaperçue. Moins de chutes, plus d’énergie, et un quotidien mieux maîtrisé.
Ces exemples illustrent une idée clé: la sclérose en plaques n’empêche pas d’avancer avec des objectifs réalistes. Un suivi au long cours, des ajustements ciblés et un entourage informé font toute la différence.
Conclusion et perspectives
La recherche accélère sur plusieurs fronts. Les stratégies de remyélinisation et de neuroprotection visent à réparer et à préserver le tissu nerveux, au-delà du seul contrôle de l’inflammation. Des traitements en développement, comme les inhibiteurs de BTK, cherchent à moduler finement l’immunité dans le système nerveux central.
Chez des patients sélectionnés et dans des centres experts, la greffe de cellules souches hématopoïétiques autologues a montré un potentiel dans les formes très actives réfractaires, avec une balance bénéfice-risque qui nécessite une évaluation rigoureuse. Parallèlement, la télésurveillance, les capteurs d’activité et les programmes d’éducation thérapeutique personnalisés rendent le suivi plus réactif.
Que discuter lors d’une prochaine consultation: niveau d’activité de la maladie à l’IRM, tolérance et efficacité du traitement actuel, vaccination et prévention des infections, gestion de la fatigue et du sommeil, activité physique et objectifs de rééducation, dépistage des comorbidités, et besoins d’aménagements au travail. Cet agenda partagé aide à garder le cap, sur la durée, avec une sclérose en plaques qui reste la plus silencieuse possible